Une enfance années 50-60

15 février 2012

Mon grand-père

Mon grand-père était mon plus fervent admirateur. Pour lui, j'étais parfaite ; il me faisait même rougir en disant à l'épicière : "C'est ma petite fille, voyez comme elle est jolie ! Et elle travaille aussi très bien en classe, et elle est douce et bonne. C'est la meilleure des petites-filles !"

Grand-papa, qui était par ailleurs mon complice pour m'aider à réparer mes multiples bêtises, était vraiment très indulgent à mon égard. Il ne savait qu'inventer pour me rendre heureuse et m'emmenait partout avec lui. Au hasard de ses courses dans Paris, je découvrais des librairies à l'odeur ennivrante ou les épiceries aux mille parfums orientaux de la rue Cadet. Nous prenions le métro, montions, descendions les escaliers, trottions de Trocadéro à Montparnasse, inlassablement. Grand-papa, mains croisées dans le dos, allait devant, et moi je suivais derrière, regardant partout et m'imprégnant des multiples visages de Paris.

Un jour nous faisions ensemble des courses au Monoprix, quand, à force de fureter à droite et à gauche, je perdis mon grand-père de vue. Je n'étais pas très inquiète et m'adressai à une vendeuse pour expliquer la situation. En sa compagnie, je patientai un bon moment,étonnée que Grand-papa mette si longtemps à revenir me chercher. Et pour cause... marchant droit devant à son habitude, il ne s'aperçut de mon absence qu'une fois arrivé à la maison ! Plus que tout, je fus mortifiée d'apprendre qu'il avait mis dix bonnes minutes avant de se rendre compte que je n'étais pas derrière lui !

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07 février 2012

Cinéma

Le jeudi après-midi, le cinéma de notre bourgade de banlieue offrait un programme pour les enfants. Les séances étaient conviviales et, le plus souvent, nos parents nous laissaient entrer seuls et venaient nous chercher à la fin du film. Nous étions très fiers d'être ainsi considérés comme des grands ! Notre seul regret était de ne pas être munis d'un peu d'argent pour pouvoir nous offrir un esquimau à l'entracte. Mais la séance de cinéma en elle-même était déjà un beau cadeau, il ne fallait pas abuser et nous le comprenions fort bien. D'ailleurs peu d'enfants avaient droit à l'esquimau.

De jeudi en jeudi, j'eus l'occasion de voir un bon nombre de films, dont certains excellents comme "Le Ballon rouge", "Crin Blanc" ou "l'Auberge du septième bonheur". Pour ce dernier, maman ignorait sans doute combien il pouvait heurter une jeune sensibilité, car elle ne m'aurait pas laissée le voir, elle qui me refusa Sissi "parce que c'est une histoire triste". Des années après, je lui reprochais encore cette interdiction, dont aucune de mes camarades de classe n'avait été frappée. Romy Schneider était sur toutes les lèvres et je ne l'avais pas vue dans ses sompteuses robes à crinoline ! 

Pour Bambi, très triste pour le coup, Maman avait tenu à m'accompagner et elle eut raison. Je pleurai au moment de la mort de la mère de Bambi et fourrai ma menotte dans la chaude main de ma maman bien vivante. Plus tard nous allâmes voir Cendrillon en famille, car la sortie d'un Walt Disney était un véritable événement !

D'autres fois j'allais au cinéma le dimanche après-midi avec ma grand-mère, à la salle paroissiale de son église du 15ème arrondissement. C'est là que je vis "Mon Oncle" de Tati, qui m'enchanta, et aussi "Le Triporteur" avec Darry Cowle. Avec Grand-Maman non plus, il n'y avait pas d'esquimau à l'entracte, mais un bon goûter nous attendait au retour à la maison, clôturant une après-midi de plaisir.

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23 janvier 2012

Le Club des Cinq

Il y avait les livres de la bibliothèque scolaire, puis il y avait les livres que Maman ou mon grand-père m’achetaient. Maman s’octroyait un droit de regard sur mes lectures, non pas dans un but de contrôle, mais tout simplement parce qu’elle prenait plaisir à lire mes livres, aussi les préférait-elle intéressants ! Je me laissais volontiers guider par elle, car elle avait le chic pour dénicher les titres les plus prometteurs.

-          Lis-le vite ! me disait-elle.

-          Ne t’inquiète pas, demain je l’aurai fini ! répondais-je, sachant Maman presque aussi impatiente que moi de se plonger dans le nouveau livre.

Avec mon grand-père régnait par contre la plus grande liberté. Rien ne m’était suggéré et je choisissais librement. Je devais avoir neuf ans lorsque je découvris le Club des Cinq. Ce fut le début d’aventures passionnantes que je vivais en compagnie de Claude, d’Annie, de Mick, de François et du brave chien Dagobert. Le suspense et un brin de peur me faisaient haleter et rien n’aurait pu me distraire jusqu’à ce j’aie tourné la dernière page, toujours trop vite venue. Je me souviens que Claude, l’intrépide garçon manqué, possédait une île en Bretagne et un petit canot pour y aller. J’étais envieuse et ébahie : comment une fillette pouvait-elle disposer ainsi d’une île enchantée où couraient les lapins ? Mais ces charmants animaux n’étaient pas les seuls à fréquenter l’îlot paradisiaque, des contrebandiers en avaient fait leur repaire… Suspense…

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21 janvier 2012

Bibliothèque

A l’école, une armoire au fond de la classe abritait la «  bibliothèque ». Le samedi après-midi, pendant le cours de couture, une élève volontaire lisait à voix haute les titres disponibles et nous avions le droit d’emprunter un livre pour une semaine.

Carré de batiste dans une main, aiguillée de fil rouge dans l’autre, je m’efforçais d’aligner les points demandés tandis que la préposée du jour ânonnait avec application : En famille, Sans famille, L’Enigme du trèfle, La maison des petits bonheurs, Gulla châtelaine, Le Petit Trott, Les Quatre filles du docteur March, Les Petites filles modèles, Les Vacances, Les Mémoires d’un âne, Dilloy le chemineau, La Petite Fadette, La Mare au diable, Le Petit lord Fauntleroy…

Cependant, j’étais si avide de lecture qu’un malheureux livre par semaine était loin de me suffire ! Aussi pris-je un jour mon courage à deux mains et demandai-je à mon institutrice si je ne pourrais pas emprunter deux livres à la fois. Etonnée, elle me regarda par-dessus ses lunettes :

-          Deux livres ? Mais tu sais que tu devras les rendre tous les deux pour le samedi d’après ?

-          Oh, dis-je avec ferveur, je vous promets de les rendre au bout d’une semaine !

Et la permission fut accordée, pour mon plus grand bonheur. Le samedi soir j’emportais donc avec moi un cartable alourdi et je volais en chemin malgré le poids, tellement j’étais impatience de me plonger dans la lecture !

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17 décembre 2011

Grand-maman

Grand-Maman était une fée ! De ses doigts habiles surgissaient mille dessins, des robes et des costumes, des surprises de Noël, des oeufs de Pâques fantaisistes et des couronnes fabuleuses. A une époque où cela ne se faisait pas elle préparait et décorait des cartons d'invitation pour mes fêtes d'anniversaire, suscitant l'admiration et l'incrédulité de mes petites compagnes. Ce fut elle, encore, qui me confectionna un extraordinaire déguisement de "reine des mers", dans lequel je me sentais somptueuse et mystérieuse, enfouie dans les profondeurs marines d'une grotte imaginaire.

Grand-Maman était conteuse, aussi. Les histoires qu'elle me racontait, elle les inventait au fur et à mesure, enchantant mes soirées et mes rêves. Blottie au creux de mon lit, les pieds emmitouflés dans une paire de chaussons roses qu'elle m'avait tricotés, fermant les paupières pour mieux savourer l'instant, je fourrais ma petite main dans la sienne et soupirais de bonheur à l'énoncé des mots magiques  et de leur suite : il était une fois...

Grand-Maman était souriante et gaie, toujours de bonne humeur, mais elle savait se fâcher, parfois, quand mes amis et moi avions dépassé les bornes. Pas besoin d'élever la voix très haut, de quelques mots elle nous remettait dans le droit chemin et nous nous sentions penauds !

Est-il bien vrai qu'aujourd'hui c'est moi, la grand-maman ?

 

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06 décembre 2011

Saint-Nicolas

Ce matin, c'est fête et je m'éveille avec un frisson d'excitation ! Vite mes petons nus courent dans le matin glacé, vite je vais ouvrir la porte. Je reste muette d'extase devant les présents que Saint-Nicolas m'a apportés : une petite botte rouge emplie de friandises et un livre merveilleux, magique, contant la terrifiante histoire de Hansel et Gretel !

Ce livre raconte à la fois une féérie, avec sa maisonnette adorable bâtie en pain d'épices, dont les volets sont en chocolat et les carreaux en sucre, une féérie donc, et une horrible histoire dans laquelle un petit garçon en cage attend tout bonnement d'être rôti et dévoré par une hideuse sorcière. Heureusement, le petit garçon a plus d'un tour dans son sac et tend chaque jour à travers les barreaux un os maigrelet pour tromper la sorcière, qui vient tâter si son repas est assez gras. Heureusement, la petite fille est si courageuse, si pleine de forces, qu'à l'ultime moment elle réussit à pousser l'affreuse vieille dans le brasier du four et à claquer la porte sur elle.

Frissonnante encore, de peur autant que de convoitise, j'abrite mes pieds glacés sous mon édredon bleu et je lèche consciencieusement mes friandises tout en reprenant le livre à la première page.

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30 novembre 2011

Corde lisse

A l'école, nous disposions d'un vaste préau qui servait à tout : salle de cantine, salle des fêtes, mais aussi salle de gymnastique. A cette fin il abritait un haut portique où étaient attachées côte à côte une corde à noeuds et une corde lisse. Lors de chaque séance de gymnastique, ou presque, nous devions nous ranger devant l'une de ces deux cordes, selon nos capacités : d'un côté celles qui possédaient l'art magique de se hisser souplement jusqu'au plafond, de l'autre celles qui devaient se contenter piteusement de la corde à noeuds. Je brûlais de tenter la corde lisse, mais je n'en avais hélas pas l'occasion ! J'avais bien risqué une fois de me mettre dans la file de celles qui savaient et j'avais aggrippé, pleine d'espoir, la corde tant convoitée. Hélas, je n'avais pas réussi à m'élever dans les airs et avais été rabrouée d'un sec : "Tu ne sais pas, va à la corde à noeuds !"

Mon père finit par s'émouvoir de la situation. Il fit l'acquisition d'une corde lisse et l'installa dans la maison, pendant de la balustrade du premier étage jusqu'au rez-de-chaussée. Ah quel bonheur ! Une corde lisse pour moi toute seule, et une maison tout autour pour me dissimuler aux regards et me permettre de m'exercer sans honte ! Très vite, j'appris à me hisser juqu'en haut comme un ouistiti. Et quelle fierté le jour où, pour la première fois, je déployai mon talent neuf en cours de gymnastique ! La corde de l'école était bien plus haute que celle de la maison, mais je réussis sans problème à en atteindre la cime.  Ah comme je savourai ce petit moment d'ivresse rendu possible grâce à l'ingéniosité et à la complicité de papa !

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25 novembre 2011

Mon père

Mon père avait les yeux clairs et pétillants. Il était autoritaire, très pater familias, et pouvait parfois se mettre en colère : cela me faisait très peur. Mais le plus souvent il était taquin et trouvait toujours motif à me faire bisquer. Le matin, il venait m'embrasser encore tout plein de mousse à raser, pour me faire rire. Le soir, son retour était une fête attendue. J'étais déjà en pyjama et il me soulevait haut dans ses bras en m'appelant "vermisseau".

Papa était le roi des escapades et des vacances. Longtemps à l'avance, cartes déployées, il me conviait à les préparer avec lui. J'apprenais la géographie sur le tas, ce qui me rendait très fière ! Le moment venu, il avait le chic pour rendre la route attrayante et dénicher les endroits les plus agréables pour les haltes et le pique-nique. Hiver après hiver, été après été, c'étaient de belles vacances, riches d'aventures, de plaisir et d'enseignements. En voiture nous chantions "Ya Catherine de Russie, ya Troyes en Champagne, ya deux testaments, ya plus qu'un ch'veu sur la tête à Mathieu !" Papa chantait avec entrain, mais faux, ce qui était l'occasion de rire à gorge déployée. 

Papa adorait le ski et la mer. Pour le ski, il eut à faire preuve de patience pour me communiquer sa passion, car je préférais les boules de neige. Pour la mer, en revanche, j'étais convaincue d'avance et c'est avec délice que j'appris à nager avec lui. La première fois qu'il dégonfla tous les boudins de ma ceinture, c'était à l'île de Porquerolles, dans l'eau tiède d'une plage au somptueux nom de plage d'Argent. Magie des vacances éclairées par l'ardeur et l'inventivité de mon jeune papa...

 

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19 novembre 2011

Maman

Maman était douce et jolie. En été elle portait des robes évasées, ceinturées pour souligner sa taille fine, des robes colorées dans les pans desquelles il faisait bon se blottir. L'hiver, elle s'emmitouflait dans une douce fourrure parfumée et c'était joie de courir vers elle, d'être emportée dans ses bras, embrassée et agréablement chatouillée en même temps. Parfois, de petites compagnes de l'école croyaient que c'était ma grande-soeur qui venait m'attendre. Cela me mettait en rage ! N'était-il pas évident que cette jolie dame était Maman, ma maman ?

Il y avait des jours, néanmoins, où j'étais un peu fâchée contre Maman, les jours où elle cédait à la mode et se faisait un chignon "banane". Je trouvais cela austère et laid, Maman ressemblait alors à une maîtresse d'école ou à un docteur !  Moi, j'aimais ma Maman avec les cheveux souplement lâchés, auréolant son doux visage...

Maman savait sourire, un vrai sourire venu du fond de l'être et illuminant mon coeur comme un grand coup de soleil. Elle savait rire aussi et me faire rire à m'étrangler. Elle prenait alors une grosse voix et ses mains faisaient mine d'être des bébêtes qui s'avançaient très lentement, s'approchaient, s'approchaient et allaient me faire mourir de chatouilles reçues et de rires partagés. Maman, comme ce fut bon d'être ta petite fille !

 

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04 novembre 2011

Gala de danse

Le gala de danse approchait... Quelle joie de voir se préparer sous les mains de mes mère et grand-mère un ravissant bonnet de chat ainsi qu'une longue queue et des bottes de feutrine pour un petit sire culotté et botté comme il se doit ! Plus magique encore, j'allais avoir un vrai tutu de tulle blanc ! J'étais folle et d'excitation et de joie !

Et voici qu'un événement inattendu se produisit ! Ma gentille compagne Nine tomba malade et le professeur de danse me proposa d'apprendre son rôle très vite et de la remplacer. J'étais chagrinée pour Nine, mais enchantée d'avoir été choisie pour ce remplacement, d'avoir une répétition particulière avec le professeur et de me préparer à porter une gracieuse coiffe hollandaise, une jupe bouffante à tablier et de chausser de vrais sabots pour une danse un brin folkorique !

J'étais déjà folle de danse, je le devins tout à fait ! J'enchaînais avec bonheur cours et répétitions, demi-pointes et pointes, sans oublier les essayages ! J'étais ici et là, partout à la fois avec un égal bonheur. Je rayonnais ! Puis vinrent les répétitions au théâtre, la coiffure, le maquillage, et le grand soir enfin ! Je crois bien que j'en fus ivre de bonheur. L'une des plus grandes joies de mon enfance...

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