Mon père avait pour idée qu’un enfant ne s’élève bien que dans un jardin. Quelle merveilleuse idée ! Aussi, vers mes deux ans, nous emménageâmes dans un pavillon avec jardin, dans la banlieue sud de Paris, à Antony.

Mon père avait raison, dans ce jardin je m’épanouis comme une fleur, enchantée de jour en jour, goûtant à l’infini des plaisirs mêlés de parfums d’herbe et de reine-claude. Ce jardin était mon royaume. Il occupait une position stratégique entre deux autres jardins : à droite jouaient Philippe, Catherine et Brigitte, petits voisins de mon âge ; à gauche vivaient Dominique dit Kiki, compagnon de toutes mes aventures, et sa sœur un peu plus âgée, encore une Catherine, prénom fétiche de ces années-là.

Tous réunis, nous formions une bande de six, mais cela arrivait rarement. Je jouais plutôt avec les habitants de droite, ou plutôt avec ceux de gauche, selon l’humeur et le hasard. Dès la dernière bouchée du repas avalée, je me précipitais au jardin. Mes petits voisins faisaient de même de leur côté et c’était à qui lancerait le premier l’invitation rituelle : « tu viens jouer avec moi ? ». Il fallait encore aller officialiser les choses en demandant la permission aux mamans, et hop, on se glissait sous une barrière, on en escaladait une autre et on se retrouvait les uns chez les autres. C’était parti pour une après-midi de jeux sans fin.