A notre gauche, formant l’angle de la rue Jean-Jaurès, où nous habitions, avec l’avenue Gabriel Péri, était la maison de Kiki et Catherine. Catherine était comme une grande sœur pour moi, elle portait des nattes et possédait des jouets somptueux, dont un vrai landau pour promener sa collection de poupées. Dominique, dit Kiki, avait un an de plus que moi et était un vrai diablotin.

Pour aller chez Kiki et Catherine, on pouvait escalader une barrière en bois de faible hauteur séparant nos deux jardins. Le problème, c’est que là aussi il y avait un chien, mais un bouledogue effrayant à la gueule baveuse grand ouverte dont j’imaginais trop bien le claquement sec sur mes fesses rebondies ! Parfois Kiki ou son grand frère Fanfan se faisait chevalier servant et tenait fermement le monstre par le collier le temps que j’atterrisse saine et sauve dans leur jardin.

D’autres fois la peur l’emportait et il fallait recourir aux voies officielles : Kiki détalait en criant : « attends, je vais demander à ma mère si tu peux venir », puis revenait aussi vite « oui, tu peux venir jouer chez nous ». Moi-même, je me précipitais alors chez moi en  criant « je peux aller jouer chez Kiki et Catherine ? ». La réponse était toujours oui, mais avant il me fallait subir un débarbouillage en règle et un rapide coup de peigne. Fin prête, je criais à mon jeune voisin : « J’arriiiiive » et prenais mes jambes à mon cou pour tourner l’angle de la rue et parcourir les soixante mètres qui séparaient nos maisons. Hors d’haleine, j’arrivais à la grille ouverte où m’attendaient Kiki et sa mère. On le voit, l’affaire était un peu compliquée, aussi prenais-je souvent mon courage à deux mains, ravalais-je ma peur et affrontais-je le bouledogue.