Le soir, la conduite ne fonctionnait pas et les parents devaient venir chercher leurs enfants. Maman était très jolie, toujours bien habillée et coiffée, si bien que mes compagnes me disaient parfois : « Voilà ta grande sœur qui vient te chercher », ce qui me mettait en rage. Je n’aimais pas du tout qu’on prît ma Maman pour ma sœur !

Un soir, Maman ne vint pas. Je fus parquée dans une classe avec les rares fillettes qui avaient coutume de rester à « l’étude ».  Etreinte par une horrible angoisse, je guettais anxieusement l’apparition de Maman. M’avait-elle oublié ? Et si je devais passer la nuit à l’école ? Et si… et si ?

En attendant, toujours pas de Maman. Les petites filles étaient appelées une à une, et je finis par rester seule avec la sœur chargée de nous surveiller. Pincée par ce retard, elle consultait sans arrêt l’horloge et m’intimait rudement d’arrêter mes pleurs. J’étouffais d’inquiétude et de sanglots retenus, je triturais mon mouchoir, fermais les yeux en serrant très fort les paupières, espérant que Maman serait là lorsque je les ouvrirais. Mais rien… rien… pas de Maman auréolée de sa douce fourrure. Affolée, transie, tétanisée par la peur, je m’efforçais de ne pas bouger, ne pas penser, ne pas respirer. Mais rien… toujours rien que les soupirs de plus en plus exaspérés de la sœur. Pour moi, petite enfant pétrifiée, les secondes s’écoulaient une par une, sans rémission, tout espoir envolé. Et puis Maman apparut à la porte et je courus me réfugier dans ses bras, avec la conscience d’avoir échappé à un immense péril.