Au milieu de ces maussades souvenirs d’école, il en est un qui brille d’une lumière enchantée. C’était probablement un jour de procession de Fête-Dieu, on nous avait demandé de venir en robe blanche et d’apporter un petit panier. A l’école, nos paniers furent abondamment garnis de pétales de roses du jardin, puis nous fûmes rangées deux par deux, derrière le cortège des cornettes bruissantes.

Notre rôle à nous était le plus délicieux qu’on puisse rêver : il consistait simplement à jeter de part et d’autre du chemin des pétales de roses, des centaines de pétales rose pâle ou blancs ! Il y avait, dans ce geste suave autant que dans le parfum entêtant distillé par tous ces pétales lancés, froissés, foulés, l’esquisse d’un moment divin qui marqua mon âme d’une trace profondément heureuse autant qu’indélébile.