A l’école des sœurs, nous marchions à la carotte et au bâton. Notre carotte était  « la croix », encore appelée « croix d’honneur ». Objet de toutes les convoitises, c’était une distinction accordée à la fin de chaque semaine aux deux ou trois élèves ayant eu la meilleure conduite ou fourni le meilleur travail.

Il s’agissait effectivement d’une grosse croix bien visible, en métal brillant, attachée à un large ruban de couleur et solennellement épinglée le samedi matin sur la poitrine des élues. Celles-ci avaient le privilège de conserver la croix jusqu’au samedi suivant. Dans la rue, on pouvait arborer fièrement l’insigne sur son manteau, ce qui vous valait des félicitations, aussi bien de la famille que d’inconnus, sans oublier le  pharmacien qui vous glissait en douce une pastille Pulmol dans la main. Hélas, la fin de la semaine arrivait et il fallait rendre sa croix pour la voir épinglée sur la poitrine d’une rivale dont c’était le tour de chance…