Je fus très malheureuse dans cette colonie. Mes parents me manquaient, je souffrais d’un manque d’intimité et de la privation de tout objet personnel. Encore avais-je été bien inspirée de laisser à la maison le « petit coussin » qui était le compagnon de mes nuits et de mes chagrins. Les fillettes qui avaient amené avec elles un ours, une poupée ou tout autre objet fétiche se l’étaient vu confisquer dès l’arrivée !

Le dimanche c’était pire encore. Nous devions nous rendre à la « buanderie » où on nous fournissait, comme à des orphelines, une robe de coton imprimé rouge et blanc avec un foulard assorti. La robe n’était pas laide, mais je sens encore sur ma peau la cruelle humiliation de porter un vêtement qui n’était pas le mien, que des dizaines de fillettes avaient endossé auparavant, que des dizaines d’autres remettraient après moi.

Affublées de ces robes d’emprunt, nous avions droit à une route encore plus longue qu’à l’ordinaire, pour aller à la messe, où je m’ennuyais autant qu’à la colonie. Il me semble qu’à midi nous avions des frites. Mais cela suffisait-il à faire de ce jour dimanche ?

Au bout d’un mois interminable, mes parents vinrent me délivrer. C’était un grand privilège car les autres enfants restaient deux mois !