Mes petits voisins de gauche, les Thomas, étaient très gâtés par leurs parents. Noël, les fêtes et les anniversaires leur amenaient quantité de jouets luxueux, qui n’étaient pas si courants à l’époque. Surtout, chaque soir, la maman offrait à chacun des enfants – les siens comme les autres – un paquet entier de bonbons ! Il suffisait pour cela d’accompagner Madame Thomas dans sa tournée de courses. Elle terminait alors par la belle confiserie de l’avenue du Général Leclerc et octroyait à chaque enfant présent le privilège de faire remplir un sachet de cellophane des bonbons de son choix.

Ah, la délicieuse indécision ! Allait-on choisir finalement des « olives » vertes et vernissées ou des « cailloux » marbrés ? Des petits poissons acidulés, des violettes ou des coquelicots ? Ou encore une « jardinière » de petits pois aux lardons roses ? Le plaisir était d’abord dans l’observation de toutes ces merveilles et dans leur convoitise. Ensuite, comble du luxe, nous avions le droit de manger notre paquet de bonbons en entier sur le chemin du retour.

Prudente, je ne soufflais mot de cette aubaine à Maman. Chez moi on mangeait rarement des bonbons, et certainement pas juste avant le repas ! Ce qui étonnait mes sagaces six ans, c’est que le père de mes amis était dentiste. Ne savait-il pas que les bonbons étaient mauvais pour les dents ?