J’étais en plein dans l’âge auquel tombent les dents de lait, autrement dit l’âge de la mystérieuse Petite Souris. Après avoir soigneusement disposé la dent tombée dans un mouchoir sous mon oreiller, je m’endormais pleine de curiosité, impatiente de découvrir le menu trésor que m’aurait laissé Dame Souris en échange de ma quenotte devenue inutile.

Hélas, un jour je perdis une dent dans la rue, sur le trajet entre l’école et la maison ! Malheureuse, j’errai longtemps sur le chemin, les yeux fouillant méthodiquement le sol à la recherche de la minuscule dent perdue. Rien à faire, je ne retrouvai pas ma dent ! Maman dut m’expliquer qu’on mettrait un mot sous l’oreiller et que Dame Souris passerait quand même : je fus bien soulagée ! Nous fîmes ainsi, et en effet j’eus la joie de trouver le lendemain matin le cadeau espéré.

Je conçus une grande estime pour cette infatigable souris, trottant menu chaque nuit d’une maison à l’autre pour aller collecter de petites dents, ou même de petits mots, et leur substituer une récompense.

Puis, un jour que j’étais entrain de farfouiller dans le bureau de Papa, je tombai sur une boîte fermée par un élastique. Je l’ouvris, et quelle ne fut pas ma surprise d’y découvrir des quenottes qui gisaient là, en compagnie de quelques lignes informant Dame Souris qu’une petite fille avait bien perdu une dent, mais dans la rue, et qu’elle ne pouvait donc pas la mettre comme de coutume sous l’oreiller ! Stupéfaite, je dus me rendre à l’évidence : la Petite Souris n’existait pas, les parents jouaient son rôle et faisaient semblant !

Prudente, je ne soufflai mot de ma découverte, au cas où la prétendue Petite souris déciderait que j’étais trop grande pour continuer à recevoir un cadeau en échange de chaque dent tombée.