Depuis toujours, je crois, j’ai un goût immodéré pour les sapins de Noël. Je ne marchais pas encore que je me traînais, parait-il, chaque jour de décembre derrière le sapin pour y manipuler une boule jusqu’à la faire tomber et se casser. Dans un grand-magasin, deux ans plus tard, je fus si enthousiasmée par un carton d’ornements scintillants que j’y plongeai la tête la première !

C’est dire combien j’aimais, chaque année, la venue du mois de décembre ! Le salon s’ornait alors d’un grand sapin que nous mettions des jours à décorer. A mon père revenait la tâche de le planter bien droit, puis d’y accrocher les guirlandes électriques qui le rendraient éclatant. Le jour suivant, ma mère et ma grand-mère s’armaient de ciseaux et découpaient dans de la ouate hydrophile de longues bandes immaculées. Posées sur les branches et poudrée de givre scintillant, elles simuleraient la neige. Venait alors enfin la phase à laquelle j’avais le droit de collaborer : je pouvais aider à suspendre sur les branches des boules argentées, des oiseaux bleus, des pommes de pin, des clochettes d’or, des pipes de verre, et aussi un petit ornement bleu ciel et argent, qui ne ressemblait à rien et que j’appelais le « zozo ». Le quatrième jour, Maman et Grand-Maman fignolaient l’arbre en le coiffant d’une longue flèche effilée et en lui ajoutant des couronnes scintillantes, de magiques cheveux de fée et enfin des « cascatelles » d’argent et de longs cheveux d’ange brillants.

Les cheveux de fée me fascinaient particulièrement. C’était des nuages de laine de verre longuement étirée jusqu’à devenir impalpable. On en enveloppait le sapin d’une sorte de voile vaporeux qui formait des halos autour des ampoules allumées. Vraiment c’était féérique ! J’aurais rêvé d’étirer moi aussi, comme ma mère et ma grand-mère, cette matière de rêve et d’en parer l’arbre. J’étais privée de ce plaisir car la laine de verre provoque sur la peau de minuscules coupures et de fortes démangeaisons. Je me revois dans le corridor glacial, à côté du salon, tandis que les mains maternelles et grand-maternelles préparaient l’ultime parure du sapin… Pendant ce temps, je m’emparais d’un morceau d’ouate et je tentai de l’étirer moi-aussi pour fabriquer ce nuage magique… Hélas, ce n’était pas la bonne matière !

Enfin achevé, rayonnant de toutes ses lumières, brillant, somptueux, vaporeux, la moindre branche garnie d’ornements, le sapin était prêt ! La fête pouvait commencer.