Nos jeux étaient souvent inspirés de la religion et des fêtes familiales : baptêmes, mariages, messe, communion.

Le jeu de la messe était un peu court, mais avait un vague goût de sacrilège qui nous fascinait. Philippe ou Kiki faisait le prêtre et cherchait dans le jardin quelque fraise comestible qu’il pourrait nous mettre sur la langue en guise d’hostie. Fichu noué sur la tête, les communiantes joignaient les mains, fermaient les yeux et avalaient le petit fruit en murmurant Amen. C’était vite fini, alors nous profitions de la présence d’un prêtre de fortune pour enchaîner sur la célébration d’un mariage. A cette intention, nous avions toujours quelque bout de rideau sous la main, et nous les filles, nous nous disputions à qui serait la mariée et se parerait de ce morceau de voile. On formait aussi un cortège, on enrôlait les ours et les poupées et tout finissait par une grande dinette où les assiettes étaient remplies de tout ce que le jardin recelait de comestible : brins d’estragon, têtes de persil, fleurs de trèfle, petites pommes acides et parfois groseilles ou fraises des quatre saisons.

D’autres fois, il nous prenait la fantaisie de baptiser une poupée, d’autant plus que c’était un excellent prétexte pour demander à recevoir quelques dragées et des fondants à la menthe ! Madame Thomas, maman de Kiki et de Catherine, ne se faisait généralement pas trop prier et nous emmenait à la confiserie pour en rapporter les bonbons indispensables à une digne célébration. Restait à  désigner le parrain, la marraine, à trouver un nom pour la filleule, et à désigner un prêtre qui baptiserait la poupée avec un peu d’eau et un signe de croix. Parfois, nous parachevions la cérémonie en lançant des pétales de fleurs sur la nouvelle baptisée. En dernier venait la dégustation des dragées.

Cependant, les plaisirs du baptême étaient comptés : les parents veillaient à ce que nous ne baptisions pas deux fois la même poupée !