Notre jardin était surtout livré à lui-même. Maman tentait bien de cultiver quelques tulipes et des myosotis sous les fenêtres du jardin de devant, mais je les piétinais sans arrêt, car mon habitude favorite consistait à entrer et sortir de la maison par les fenêtres plutôt que par la porte. Ah comme j’aimais sortir par ces fenêtres, faire au passage une galipette sur la barre d’appui et atterrir en plein milieu des fleurs !

Dans le jardin de derrière, c’était plus ou moins la jungle, à l’exception, toutefois, d’un parterre rond entouré de buis. Une année, mes parents m’avaient octroyé ce parterre pour que je le cultive à mon goût. J’avais aussitôt embauché mon petit voisin Kiki et nous avions opté pour de l’utilitaire : radis, salades et carottes qu’il nous tardait de croquer !

Nous avions bien déblayé et ratissé la parcelle, l’avions ensemencée, arrosée, bichonnée. Pour plus de sûreté, nous poussions même le zèle jusqu’à tirer chaque jour un peu sur les plantules, histoire de les aider à pousser plus vite. Ce faisant, nous dûmes probablement déraciner bon nombre de nos futures récoltes.

Qu’importe ! Nous étions fiers de notre travail et nous avions même déjà décidé de notre avenir. Kiki serait fermier et nous nous marierons. Comme ça je serais fermière, et même plutôt « infermière », réunissant deux vocations en une : fermière et infirmière, qui étaient pour l’heure mes occupations favorites, car j’avais une trousse d’infirmière avec laquelle je jouais beaucoup.