Après les belles vacances au Lavandou, je retournai à l’école, cette fois en huitième chez Madame Anzac. Cette classe était dans la partie ancienne de l’école, dont les installations et le mobilier étaient typiques de l’époque de Jules Ferry.

La salle de classe était vaste, avec un parquet en bois, de hauts plafonds et toute une rangée de grandes fenêtres sur le côté gauche, de façon à nous faire bénéficier de la meilleure lumière. Nous étions assises deux par deux à des pupitres en bois solidaires d’un banc à deux places. Le plan de travail incliné comportait une « rainure » pour disposer le porte-plume et les crayons et un encrier amovible en porcelaine blanche. Dans notre « case », sous le pupitre, nous rangions tout ce qui n’était pas directement nécessaire à la leçon en cours, et parfois des illustrés et des babioles qui n’auraient dû en principe jamais sortir de notre cartable.

Chaque début de semaine, nos encriers étaient remplis d’encre violette. Nous écrivions en effet à l’encre, avec des porte-plume équipés de plumes Sergent Major. Il y avait différentes sortes de plumes pour les différentes écritures que nous apprenions, principalement la cursive et l’écriture script.

Il arrivait parfois qu’une main malicieuse introduise une « boule puante » dans un encrier, et bientôt se dégageait une odeur nauséabonde qui incommodait la classe entière. D’autres fois, lorsque nous venions de nous quereller avec une amie qui devenait provisoirement ennemie, nous glissions subrepticement un morceau de craie dans son encrier en guise de représailles. L’encre mêlée de craie s’étalait mal et l’ennemie avait toutes chances de faire de gros pâtés sur ses cahiers !