En fermant les yeux, je pourrais presque revoir les illustrations de mon livre d’Histoire : les gaulois moustachus et blonds, Jules César armé et casqué, Saint-Louis rendant la justice sous son chêne, Louis XI avec son long nez, campé devant les fillettes où il faisait enfermer ses ennemis, Jeanne d’Arc sur son cheval, Louis XIV et Versailles, la Révolution, Napoléon et son tricorne… Peut-être apprenions-nous peu de choses, peut-être les rabâchions-nous d’année en année, mais au moins avions-nous une nette notion du temps, de son long déroulement, de ses couleurs et presque de sa saveur.

A l’Histoire je préférai tout de même la géographie. J’aimais apprendre les points culminants des montagnes et le nom des lieux où les fleuves prenaient leur source. Ce savoir-là est comme tissé avec le plus intime de moi-même, et si je vis cent ans je crois que je me rappellerai jusqu’au dernier jour le mont Gerbier de Jonc, le plateau de Langres et le Ballon d’Alsace.

J’aimais aussi dessiner des cartes et je m’y appliquais fort. Papa m’avait acheté de l’encre de Chine et je repassais en bleu turquoise les cours d’eau, j’écrivais les villes en rouge et les montagnes en vert fluo. Je n’étais pas peu fière ! J’aimais aussi crayonner la Mer du Nord, la Manche, l’Atlantique et la Méditerranée en bleu et estomper ensuite la couleur à l’aide d’un morceau de buvard, afin qu’elle devînt d’une jolie teinte pastel fondue. Images soigneusement collées, dessins tirés au cordeau, oui, mes cahiers d’Histoire et de « Géo » étaient bien tenus !