Comme la plupart des fillettes de mon époque, j’avais lu les Petites Filles Modèles. Je les avais même lues subrepticement, juchée sur l’escabeau de la cuisine, alors que j’avais découvert la cachette des cadeaux de Noël, tout en haut de la grande armoire. Ainsi le Père Noël n’existait pas ! Je m’en doutais déjà, mais j’en avais la confirmation éclatante ! Toutefois, je gardai un silence prudent sur ma découverte… car, en somme, je n’étais pas sûre que les parents offrent encore des cadeaux aux enfants ne croyant plus au Père Noël…

Perchée sur mon escabeau, j’avais donc lu une première fois avec avidité l'histoire des Petites Filles modèles, subjuguée par leur politesse, leur bonté et leurs longues robes gonflantes assorties d’un petit pantalon de dentelle. Après avoir reçu officiellement mon cadeau, je relus le livre encore et encore.

Sur ces entrefaites, Maman me conduisit au musée de la Mode, à une merveilleuse exposition sur le thème des Petites Filles modèles. Moi, le garçon manqué, je fus béate d’admiration devant ce que vis, telle cette longue robe munie d’une petite traîne, en taffetas jaune soutaché de galon noir. Tout cela pour une fillette qui avait vraiment existé ! Les robes des mamans étaient plus somptueuses encore, avec leur crinoline extravagante et leur étoffe moirée, brochée, brodée !

Je fus durablement marquée par cette exposition, au point d’interrompre parfois mes jeux au jardin en me posant la question : valait-il mieux vivre au temps des Petites Filles modèles et avoir de si belles robes, ou vivre à mon époque, avoir des jupes et des shorts sans prétention et pouvoir jouer tout à son aise ?