Maman était douce et jolie. En été elle portait des robes évasées, ceinturées pour souligner sa taille fine, des robes colorées dans les pans desquelles il faisait bon se blottir. L'hiver, elle s'emmitouflait dans une douce fourrure parfumée et c'était joie de courir vers elle, d'être emportée dans ses bras, embrassée et agréablement chatouillée en même temps. Parfois, de petites compagnes de l'école croyaient que c'était ma grande-soeur qui venait m'attendre. Cela me mettait en rage ! N'était-il pas évident que cette jolie dame était Maman, ma maman ?

Il y avait des jours, néanmoins, où j'étais un peu fâchée contre Maman, les jours où elle cédait à la mode et se faisait un chignon "banane". Je trouvais cela austère et laid, Maman ressemblait alors à une maîtresse d'école ou à un docteur !  Moi, j'aimais ma Maman avec les cheveux souplement lâchés, auréolant son doux visage...

Maman savait sourire, un vrai sourire venu du fond de l'être et illuminant mon coeur comme un grand coup de soleil. Elle savait rire aussi et me faire rire à m'étrangler. Elle prenait alors une grosse voix et ses mains faisaient mine d'être des bébêtes qui s'avançaient très lentement, s'approchaient, s'approchaient et allaient me faire mourir de chatouilles reçues et de rires partagés. Maman, comme ce fut bon d'être ta petite fille !