Le Club des Cinq
Il y avait les livres de la bibliothèque scolaire, puis il y avait les livres que Maman ou mon grand-père m’achetaient. Maman s’octroyait un droit de regard sur mes lectures, non pas dans un but de contrôle, mais tout simplement parce qu’elle prenait plaisir à lire mes livres, aussi les préférait-elle intéressants ! Je me laissais volontiers guider par elle, car elle avait le chic pour dénicher les titres les plus prometteurs.
- Lis-le vite ! me disait-elle.
- Ne t’inquiète pas, demain je l’aurai fini ! répondais-je, sachant Maman presque aussi impatiente que moi de se plonger dans le nouveau livre.
Avec mon grand-père régnait par contre la plus grande liberté. Rien ne m’était suggéré et je choisissais librement. Je devais avoir neuf ans lorsque je découvris le Club des Cinq. Ce fut le début d’aventures passionnantes que je vivais en compagnie de Claude, d’Annie, de Mick, de François et du brave chien Dagobert. Le suspense et un brin de peur me faisaient haleter et rien n’aurait pu me distraire jusqu’à ce j’aie tourné la dernière page, toujours trop vite venue. Je me souviens que Claude, l’intrépide garçon manqué, possédait une île en Bretagne et un petit canot pour y aller. J’étais envieuse et ébahie : comment une fillette pouvait-elle disposer ainsi d’une île enchantée où couraient les lapins ? Mais ces charmants animaux n’étaient pas les seuls à fréquenter l’îlot paradisiaque, des contrebandiers en avaient fait leur repaire… Suspense…
Bibliothèque
A l’école, une armoire au fond de la classe abritait la « bibliothèque ». Le samedi après-midi, pendant le cours de couture, une élève volontaire lisait à voix haute les titres disponibles et nous avions le droit d’emprunter un livre pour une semaine.
Carré de batiste dans une main, aiguillée de fil rouge dans l’autre, je m’efforçais d’aligner les points demandés tandis que la préposée du jour ânonnait avec application : En famille, Sans famille, L’Enigme du trèfle, La maison des petits bonheurs, Gulla châtelaine, Le Petit Trott, Les Quatre filles du docteur March, Les Petites filles modèles, Les Vacances, Les Mémoires d’un âne, Dilloy le chemineau, La Petite Fadette, La Mare au diable, Le Petit lord Fauntleroy…
Cependant, j’étais si avide de lecture qu’un malheureux livre par semaine était loin de me suffire ! Aussi pris-je un jour mon courage à deux mains et demandai-je à mon institutrice si je ne pourrais pas emprunter deux livres à la fois. Etonnée, elle me regarda par-dessus ses lunettes :
- Deux livres ? Mais tu sais que tu devras les rendre tous les deux pour le samedi d’après ?
- Oh, dis-je avec ferveur, je vous promets de les rendre au bout d’une semaine !
Et la permission fut accordée, pour mon plus grand bonheur. Le samedi soir j’emportais donc avec moi un cartable alourdi et je volais en chemin malgré le poids, tellement j’étais impatience de me plonger dans la lecture !

