Le jeudi après-midi, le cinéma de notre bourgade de banlieue offrait un programme pour les enfants. Les séances étaient conviviales et, le plus souvent, nos parents nous laissaient entrer seuls et venaient nous chercher à la fin du film. Nous étions très fiers d'être ainsi considérés comme des grands ! Notre seul regret était de ne pas être munis d'un peu d'argent pour pouvoir nous offrir un esquimau à l'entracte. Mais la séance de cinéma en elle-même était déjà un beau cadeau, il ne fallait pas abuser et nous le comprenions fort bien. D'ailleurs peu d'enfants avaient droit à l'esquimau.

De jeudi en jeudi, j'eus l'occasion de voir un bon nombre de films, dont certains excellents comme "Le Ballon rouge", "Crin Blanc" ou "l'Auberge du septième bonheur". Pour ce dernier, maman ignorait sans doute combien il pouvait heurter une jeune sensibilité, car elle ne m'aurait pas laissée le voir, elle qui me refusa Sissi "parce que c'est une histoire triste". Des années après, je lui reprochais encore cette interdiction, dont aucune de mes camarades de classe n'avait été frappée. Romy Schneider était sur toutes les lèvres et je ne l'avais pas vue dans ses sompteuses robes à crinoline ! 

Pour Bambi, très triste pour le coup, Maman avait tenu à m'accompagner et elle eut raison. Je pleurai au moment de la mort de la mère de Bambi et fourrai ma menotte dans la chaude main de ma maman bien vivante. Plus tard nous allâmes voir Cendrillon en famille, car la sortie d'un Walt Disney était un véritable événement !

D'autres fois j'allais au cinéma le dimanche après-midi avec ma grand-mère, à la salle paroissiale de son église du 15ème arrondissement. C'est là que je vis "Mon Oncle" de Tati, qui m'enchanta, et aussi "Le Triporteur" avec Darry Cowle. Avec Grand-Maman non plus, il n'y avait pas d'esquimau à l'entracte, mais un bon goûter nous attendait au retour à la maison, clôturant une après-midi de plaisir.