Mon grand-père
Mon grand-père était mon plus fervent admirateur. Pour lui, j'étais parfaite ; il me faisait même rougir en disant à l'épicière : "C'est ma petite fille, voyez comme elle est jolie ! Et elle travaille aussi très bien en classe, et elle est douce et bonne. C'est la meilleure des petites-filles !"
Grand-papa, qui était par ailleurs mon complice pour m'aider à réparer mes multiples bêtises, était vraiment très indulgent à mon égard. Il ne savait qu'inventer pour me rendre heureuse et m'emmenait partout avec lui. Au hasard de ses courses dans Paris, je découvrais des librairies à l'odeur ennivrante ou les épiceries aux mille parfums orientaux de la rue Cadet. Nous prenions le métro, montions, descendions les escaliers, trottions de Trocadéro à Montparnasse, inlassablement. Grand-papa, mains croisées dans le dos, allait devant, et moi je suivais derrière, regardant partout et m'imprégnant des multiples visages de Paris.
Un jour nous faisions ensemble des courses au Monoprix, quand, à force de fureter à droite et à gauche, je perdis mon grand-père de vue. Je n'étais pas très inquiète et m'adressai à une vendeuse pour expliquer la situation. En sa compagnie, je patientai un bon moment,étonnée que Grand-papa mette si longtemps à revenir me chercher. Et pour cause... marchant droit devant à son habitude, il ne s'aperçut de mon absence qu'une fois arrivé à la maison ! Plus que tout, je fus mortifiée d'apprendre qu'il avait mis dix bonnes minutes avant de se rendre compte que je n'étais pas derrière lui !
Cinéma
Le jeudi après-midi, le cinéma de notre bourgade de banlieue offrait un programme pour les enfants. Les séances étaient conviviales et, le plus souvent, nos parents nous laissaient entrer seuls et venaient nous chercher à la fin du film. Nous étions très fiers d'être ainsi considérés comme des grands ! Notre seul regret était de ne pas être munis d'un peu d'argent pour pouvoir nous offrir un esquimau à l'entracte. Mais la séance de cinéma en elle-même était déjà un beau cadeau, il ne fallait pas abuser et nous le comprenions fort bien. D'ailleurs peu d'enfants avaient droit à l'esquimau.
De jeudi en jeudi, j'eus l'occasion de voir un bon nombre de films, dont certains excellents comme "Le Ballon rouge", "Crin Blanc" ou "l'Auberge du septième bonheur". Pour ce dernier, maman ignorait sans doute combien il pouvait heurter une jeune sensibilité, car elle ne m'aurait pas laissée le voir, elle qui me refusa Sissi "parce que c'est une histoire triste". Des années après, je lui reprochais encore cette interdiction, dont aucune de mes camarades de classe n'avait été frappée. Romy Schneider était sur toutes les lèvres et je ne l'avais pas vue dans ses sompteuses robes à crinoline !
Pour Bambi, très triste pour le coup, Maman avait tenu à m'accompagner et elle eut raison. Je pleurai au moment de la mort de la mère de Bambi et fourrai ma menotte dans la chaude main de ma maman bien vivante. Plus tard nous allâmes voir Cendrillon en famille, car la sortie d'un Walt Disney était un véritable événement !
D'autres fois j'allais au cinéma le dimanche après-midi avec ma grand-mère, à la salle paroissiale de son église du 15ème arrondissement. C'est là que je vis "Mon Oncle" de Tati, qui m'enchanta, et aussi "Le Triporteur" avec Darry Cowle. Avec Grand-Maman non plus, il n'y avait pas d'esquimau à l'entracte, mais un bon goûter nous attendait au retour à la maison, clôturant une après-midi de plaisir.

