Pâques était fêtée chez nous à grand renfort de traditions. Les jours précédents, nous nous occupions à teindre de grandes quantités d'oeufs durs. La teinture en poudre était diluée dans une tasse d'eau bouillante où était versée une grosse cuillerée de vinaigre. Avec une ou deux cuillers, on veillait à ce que les oeufs soient bien également imbibés de cette mixture, puis on les roulait pour les faire sécher sur des épaisseurs de papier journal. Dans l'opération, les doigts se coloraient eux-aussi en rouge, bleu ou vert ! Après quoi, on frottait les oeufs de couleur à l'aide d'un chiffon imbibé d'huile, pour les faire reluire de manière splendide. Rangés dans des corbeilles, ils décoraient la table du déjeuner de Pâques et composaient invariablement l'entrée du menu de ce jour, avant une épaule d'agneau croustillante et dorée. Mon père prétendait que les oeufs durs de Pâques avaient un goût particulier, et aussi qu'on pouvait en manger autant qu'on voulait sans être jamais malade !

Il y avait aussi, bien sûr, les oeufs en chocolat et la gourmande que j'étais s'en réjouissait longtemps à l'avance ! Dans notre famille, ils n'étaient pas apportés par les cloches, mais malicieusement cachés au jardin par le lapin de Pâques pendant que Maman et moi étions à la messe. Comme les oeufs durs de couleur étaient eux-aussi dissimulés parmi les plantes, la partie de cache-cache durait longtemps, pour le plus grand plaisir de tous et le mien en particulier. Ce jour-là on avait le droit, quel bonheur !, de grignoter autant de chocolat qu'on en voulait et ce chocolat en couche fine, spécifique aux sujets de Pâques, avait à mon sens un goût inimitable qu'on ne retrouvait pas dans le chocolat en tablette, plus épais. La merveille était que ce mélange oeufs durs-chocolat à volonté ne m'ait pas une fois pesé sur l'estomac ! C'était le jour de Pâques !