Nous avions chacune trois cahiers : cahier de brouillon, cahier de jour et cahier de récitation.

Le cahier de brouillon était un espace informel et privé : jamais l'institutrice ne le regardait et il pouvait être aussi plein de taches et de gribouillis que nous en avions envie. Le cahier de jour, c'était une autre histoire ! Soigneusement tenu - écriture appliquée et titres soulignés - il était aussi artistement enjolivé de "frises" qui séparaient deux journées l'une de l'autre. Les taches y étaient formellement déconseillées ! C'est sur ce précieux cahier que je suais à grosse goutte à gommer des fautes ou de malencontreux pâtés, obtenant pour résultat un beau trou qui m'emplissait de honte.

Je préfèrais le cahier de récitation, que nous pouvions illustrer à notre idée. Encore aujourd'hui, je me rappelle certains dessins, en particulier un qui illustrait la Retraite de Russie, poème de Victor Hugo qui avait particulièrement inspiré mes talents de peintre, me faisant produire une armée de soldats rubiconds sur fond de neige aussi immense qu'immaculée.

Il y avait encore le mystérieux "cahier de roulement", qui était confié à tour de rôle à une élève pour une journée. Ce jour-là, l'élève désignée délaissait son cahier de jour et effectuait dictées et problèmes sur le cahier de roulement, y apportant toute son application. C'était à celle qui exécuterait les plus belles pages, soulignerait les plus beaux titres et dessinerait les plus belles frises, y mettant toute sa fierté. Personnellement je redoutais que vienne mon tour, sachant trop bien que mes multiples pâtés, ratures et trous feraient tache sur ce précieux cahier !