J'aimais beaucoup la fête des Rameaux, le dimanche précédant celui de Pâques. Ce dimanche-là, nous n'avions pas comme d'habitude une messe réservée aux enfants, dans notre salle de cathéchisme, mais nous avions droit à la solennité de l'église paroissiale, où nous nous rendions, pour la plupart d'entre nous, en compagnie de nos parents. Moi, en tous cas, j'y allais avec Maman.

A l'entrée de l'église se tenaient des étals chargés de buis bien verts à l'odeur un peu âcre. Maman choisissait avec soin une belle brassée qu'elle répartissait en deux : une pour elle et une pour moi. Et chacun entrait dans l'église muni de ses rameaux odorants. A ce moment-là, ce n'était encore que des végétaux ordinaires, sans différence avec ceux qu'on pouvait couramment voir dans nos jardinets de banlieue. Cependant, au cours de la messe, en étant bénis, nos rameaux de buis allaient prendre un caractère précieux entre tous et acquérir le pouvoir de protéger la maison pendant toute une année.

C'est avec une certaine componction que je reprenais le chemin de chez nous, tenant en main le bouquet miraculeux. Arrivées à la maison, nous dégarnissions les vases de leur buis de l'an passé et les regarnissions avec soin des rameaux tout neufs. Parée de son vase de buis saint, chaque pièce serait bénie et protégée pendant une année ! Je me souviens particulièrement d'un vase mural en céramique blanche, confectionné par ma tante Ada, qui était artiste, accueillant chaque année les rameaux ornant le salon.

Il y avait cependant un problème : la coutume voulait qu'on ne jette pas le vieux buis sec de l'année précédente, mais qu'on le brûle. Généralement, après quelques essais plus ou moins infructueux, Maman et moi nous résignions à répartir les anciens rameaux dans divers lieux un peu cachés du jardin. Ou parfois, même, nous les jetions à la poubelle. J’étais vaguement inquiète : était-ce là un blasphème ?