Cette colonie dirigée par notre cher abbé Soudry réunissait toutes les conditions pour que huit fillettes y coulent des jours heureux. Dans ma caboche de neuf ans, il y avait cependant un point qui laissait à désirer : l'hygiène. Notre "salle de toilette" était installée dans un appentis et consistait en une grande table où étaient posées huit cuvettes que nous remplissions chacune à notre tour à la pompe de la cour, car il n'y avait pas d'eau courante dans la colonie.

Fort bien, me disais-je, mais comment se laver intégralement en compagnie de sept autres fillettes et d'une monitrice qui surveillait les opérations ? Nous prenions des bains fréquents dans la Loire, mais une hygiène quotidienne plus poussée me paraissait toutefois nécessaire. Tranquillement, j'allai faire part de ce problème à l'abbé Soudry :

- Monsieur l'Abbé, il y a quelque chose qui me tracasse, mais j'ai eu une idée.

- Quoi donc, mon enfant ? Quelque chose ne va pas dans la colonie ?

- Voilà, c'est ça, c'est pour la toilette.

- Tu n'es pas habituée à te laver à l'eau froide, c'est ça ?

- Non, ça ne me dérange pas du tout. Par contre, vous comprenez, on ne peut pas vraiment se laver entièrement quand on est huit filles dans la même pièce. Alors voilà mon idée : il y a une petite pièce à côté de la nôtre. Il suffirait de la débarrasser de tout ce qu'il y a dedans et de mettre un rideau séparant les deux endroits. Chacune notre tour nous pourrions passer derrière le rideau avec notre cuvette et bien nous laver.

- Mais quelle bonne idée tu as eue ! Bien sûr, nous allons faire ça ! Cette après-midi après la sieste nous allons tous nous mettre à débarrasser cette petite pièce et pendant ce temps, Madame Robert* trouvera bien de quoi confectionner un rideau. Dès demain, vous aurez votre salle d'eau privée. Vraiment je te remercie de ton idée !

*Madame Robert était la directrice de la colonie.