Chaque année, j'avais droit à mon calendrier de l'Avent. Maman me le donnait quelques jours avant le premier décembre et chaque soir je le contemplais avec ravissement. C'était invariablement un village sous la neige, à l'heure où le ciel tire sur le bleu marine, avec ses boutiques, son église, ses lanternes entourées de halos jaunes, ses enfants encapuchonnés faisant des glissades ou un bonhomme de neige, un grand sapin dressé bien en vue et illuminé de bougies, des façades aux volets clos, qui donnaient envie de savoir ce qui se cachait derrière. Le tout était saupoudré de givre argenté, que je frôlais du bout des doigts pour recueillir avec dévotion une once de magie.

En attendant le premier décembre au matin, j'examinais mon calendrier sous toutes les coutures, repérant une à une les vingt-quatre fenêtres habilement cachées, brûlant d'en ouvrir au moins une, juste une. J'aurais aimé y trouver tout de suite un lutin au bonnet rouge ou même une simple bougie brillant de tout son feu. Jusqu'au premier décembre, difficilement, je patientais. Venait enfin le grand jour de la première fenêtre à ouvrir. Hop ! Dès le saut du lit je n'avais qu'une hâte, celle de découvrir enfin l'image qui m’attendait ! Quelle qu'elle fût, j'étais ravie : Noël annonçait officiellement sa venue. Par la suite, j'étais moins patiente : chaque soir je contemplais mon calendrier, grillant d'envie d'ouvrir prématurément une fenêtre ou deux, de préférence les plus petites et les mieux dissimulées. Souvent, je cédais à la tentation, ouvrant la fenêtre le moins possible, juste pour entrapercevoir une fugitive image, puis je refermais le petit volet avec application, tentant de dissimuler son effraction précoce.

Une seule fenêtre échappait à ma curiosité et restait close jusqu'au 24 décembre : la dernière. Point par respect de la date fatidique, juste parce je savais à l'avance ce qui se cacherait derrière - une scène de la Nativité - et aussi parce qu'étant la plus grande, elle était aussi la moins amusante à chercher.