A la colonie, les journées s’écoulaient selon un rythme morne. Personne ne semblait avoir pensé qu’à six ans nous étions encore de petites enfants tristes d’être séparées de leurs parents. Je ne me souviens pas d’un jeu, pas d’une fête qui serait venu ensoleiller la succession monotone des jours. On veillait scrupuleusement à notre sommeil et à notre nourriture, on nous faisait consciencieusement avaler des kilomètres à pied, nous disposions d’une infirmerie et nous avions même une barrette de chocolat amer pour notre goûter. Mais un peu d’amusement, point. De la douceur encore moins.

Il y avait la cloche, toute la journée, qui nous ordonnait de nous lever, de nous laver les mains, d’aller au réfectoire. Il y avait, chaque après-midi, la terrible sieste qu’on nous imposait couverture par-dessus la tête pour nous empêcher de bavarder. Il y avait la promenade sans cesse recommencée, toujours la même ou presque, longue, grise, ennuyeuse, interminable. Oh le soleil brillait sur nos têtes et nos mollets bronzaient ! Mais qu’y avait-il dans notre cœur sinon l’infinie mélancolie de petites enfants abandonnées ?