Avec les grandes vacances revint inexorablement le temps de la colonie. Cet été là, c’était au tour des filles d’aller sur l’île en Bretagne, et je voulus bien me laisser promettre que nous nous baignerions, que nous pêcherions la crevette et que là tout serait différent, incomparablement mieux que l’année précédente dans les Alpes.

Peut-être fut-ce un peu mieux, car je savais à quoi m’attendre et surtout j’avais sept ans, au lieu de six. De fait, il me reste de cet été là quelques souvenirs plaisants, en particulier celui de nos cabanes.

Dans le parc de la colonie, il y avait des arbres aux longues branches pleureuses, qui formaient des cachettes idéales. Chaque groupe de fillette sélectionnait un arbre pour y faire sa « cabane ». Il s’agissait surtout de balayer le sol avec un balai confectionné à l’aide de quelques branchages liés entre eux. Ensuite nous mettions le couvert, avec de larges feuilles en guise d’assiettes et des brindilles figurant les couteaux et les fourchettes. Une monitrice complaisante nous avait appris à fabriquer des petits paniers en feuilles ou en tiges de graminées et c’était à l’équipe qui produirait les ouvrages les mieux tressés. Parfois nous trouvions une mûre ou trois fraises des bois, ou encore nous ramenions de promenade des grains de blé que nous passions des heures à décortiquer. Ces provisions étaient disposées dans les petits paniers et nous lancions alors une invitation à un autre groupe de fillettes. Celles-ci venaient cérémonieusement s’assoir dans la cabane bien balayée et déguster avec componction le goûter qui leur était offert. Oui, c’était un jeu aussi magnifique qu’inépuisable !

De pêche à la crevette, par contre, il ne fut jamais question, et de baignade, pas vraiment. Une ou deux fois au cours du mois, par une journée particulièrement ensoleillée, nous enfilâmes nos maillots de bain et fûmes autorisées à patauger quelques minutes dans vingt centimètres d’eau, pas plus !