De toutes mes institutrices, Madame Anzac est la seule que j’aie aimé, car elle fut également la seule à m’apprécier pour ce que j’étais : une élève vive, un peu brouillon, souvent bavarde, mais toujours désireuse de bien faire. J’eus vraiment plaisir à travailler sous son autorité  bienveillante.  Il me semble que j’ai acquis dans cette classe un véritable amour pour la langue française.

A cette époque, ou peut-être déjà l’année d’avant, nous avions abandonné le livre de lecture unique pour  deux livres distincts, l’un dit « de lecture suivie », l’autre « de morceaux choisis ».

Le livre de lecture suivie était un vrai livre, écrit par un auteur pour la jeunesse, que nous lisions peu à peu durant toute l’année scolaire. Selon les années, il était plus ou moins intéressant. Un titre m’est resté en mémoire, c’est « Amadou le bouquillon »  de Charles Vildrac, livre qui ne m’avait d’ailleurs pas passionnée.

Le livre de morceaux choisis me fascinait bien davantage. Il comportait de courts textes, d’écrivains, qui me faisaient pénétrer dans des mondes sans cesse différents. J’ai ainsi été petite fille de la campagne bourguignonne avec Colette, enfant cherchant à récupérer une bille coincée dans une porte avec André Gide, ou écolière traversant le Luxembourg en sautillant comme un moineau, la main dans celle d’Anatole France. J’absorbais avec passion toutes ces histoires, leur rythme souverain, leurs couleurs légères, leur atmosphère tellement française.

Ah oui ! J’aimais mon livre de morceaux-choisis et d’ailleurs je le lisais d’une traite à la rentrée, quitte à revenir longuement, tout au long de l’année, sur les textes qui me plaisaient particulièrement.