En ce temps-là, on allait tous les jours « faire les commissions », en passant successivement à la boucherie, chez le marchand de légumes, chez la crémière et chez la boulangère.

A la crèmerie, on vendait des œufs, du lait, du beurre et du fromage, et aussi du lapin et des volailles. La crémière était chaussée de gros sabots doublés de peau de mouton, qui, pour une raison obscure, m’épouvantaient. Tout le temps de notre arrêt dans le magasin, je fixais les pieds de la dame et imaginais l’agneau de la fable égorgé par le loup, puis écorché plus ou moins vif afin que sa peau allât garnir les sabots de la marchande.

Je n’étais pas très sûre que dans cette boutique on n’égorgeât point aussi les petits enfants. Aussi me tenais-je coite, terrifiée à l’idée de me faire remarquer. Jamais, au grand jamais n’allai-je seule à la crèmerie, inutile de le dire !