Mon grand-père était mon plus fervent admirateur. Pour lui, j'étais parfaite ; il me faisait même rougir en disant à l'épicière : "C'est ma petite fille, voyez comme elle est jolie ! Et elle travaille aussi très bien en classe, et elle est douce et bonne. C'est la meilleure des petites-filles !"

Grand-papa, qui était par ailleurs mon complice pour m'aider à réparer mes multiples bêtises, était vraiment très indulgent à mon égard. Il ne savait qu'inventer pour me rendre heureuse et m'emmenait partout avec lui. Au hasard de ses courses dans Paris, je découvrais des librairies à l'odeur ennivrante ou les épiceries aux mille parfums orientaux de la rue Cadet. Nous prenions le métro, montions, descendions les escaliers, trottions de Trocadéro à Montparnasse, inlassablement. Grand-papa, mains croisées dans le dos, allait devant, et moi je suivais derrière, regardant partout et m'imprégnant des multiples visages de Paris.

Un jour nous faisions ensemble des courses au Monoprix, quand, à force de fureter à droite et à gauche, je perdis mon grand-père de vue. Je n'étais pas très inquiète et m'adressai à une vendeuse pour expliquer la situation. En sa compagnie, je patientai un bon moment,étonnée que Grand-papa mette si longtemps à revenir me chercher. Et pour cause... marchant droit devant à son habitude, il ne s'aperçut de mon absence qu'une fois arrivé à la maison ! Plus que tout, je fus mortifiée d'apprendre qu'il avait mis dix bonnes minutes avant de se rendre compte que je n'étais pas derrière lui !